parler du passé

Dimanche 18 octobre 2009




Hier, je suis allée voir mon père.

Il faisait un temps de chien. Vent froid, pluie.

26 ans que son corps gît sous la terre.

Je ne sais pas pourquoi je suis allée le voir.

Car pour moi, ce n'est pas sous cette lourde plaque de marbre que mon père s'est réfugié. 

Où il s'est précisément réfugié, je ne saurais le dire.

Principalement dans nos coeurs.

Y a-t-il une vie après la mort ?

Je ne sais.

Mais comme l'a dit Trollette un jour, dans la partie commentaires de ce modeste blog, soyons au moins certains qu'il y a une vie avant la mort.

Alors de grâce, vivons.





Maurice Salvi - alors âgé de 16 ans




Par nathalie
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Samedi 10 octobre 2009


Quand j'étais petiote, j'écoutais la musique que mon père écoutait.

Il avait l'air tellement heureux.

Ado, je n'ai pas eu le temps de démolir sa musique puisqu'il nous a quittés.

En la matière, ensuite, j'ai fait mes propres choix.

Mais aujourd'hui encore, lorsque j'entends ce ringard de Julio Iglesias, mon coeur se serre.

Je me retrouve projetée dans les années 70 / 80. Un dimanche matin parmi tant d'autres, avant que ma mère ne me pousse à l'église...

Parfois, sur "Viens m'embrasser", mon père me faisait virevolter.





PS: la rose était sa fleur préférée






Par nathalie
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Vendredi 9 octobre 2009



Quand j'étais môme, je voulais faire des pointes...


Les parents ont dit "non" à cause de ma santé.




Je voulais faire des pointes.

Devenir une ballerine.




Une étoile.





Par nathalie
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Mercredi 17 juin 2009

On parle beaucoup de dyslexie, rarement de dyscalculie.

J'ai dissimulé ma dyscalculie jusqu'au bac, et plus loin encore. Oui, c'est possible. J'en suis la preuve.


Je n'ai jamais compris ce qui clochait, chez moi.

Comment l'aurais-je pu, étant donné que personne ne me comprenait ? J'avais honte, et puis c'est tout.

Je me réfugiais dans l'imaginaire. Je dessinais, peignais, inventais. Je lisais presque tout le temps.  

C'est au CM2 que tout a commencé. Quand il a vraiment fallu que je connaisse mes tables de multiplication sur le bout des doigts. Ecrire le résultat. Lever l'ardoise quand le maître frappait le bureau.
Avoir juste. 

Moi j'avais souvent faux.

C'est faux. Recommence. Faux, faux, faux.

Aujourd'hui, je ne compte plus. J'abhorre les chiffres. Je veille simplement à ce qu'on me rende bien un billet de dix si j'ai donné vingt et que l'objet coûte huit. Si je dois compter, j'utilise la machine à calculer et je re-vérifie. On n'est jamais trop prudents. Faux, faux, faux.

Quand C. peine sur un problème de maths, je l'aide pour la logique. Mais s'il veut s'assurer de la justesse de ses calculs, il demande à papa.

Récemment, quelqu'un m'a dit : et si on avait tout bêtement contrarié ta façon de raisonner ? 

Peut-être ne suis-je qu'une imbécile. Mais ce qui a changé, finalement, c'est le regard que je pose sur moi. Quoi qu'il se soit passé, je ne me condamnerai plus. J'ai assez souffert. 




Par nathalie
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Jeudi 11 juin 2009
Ah, croquer de grosses cerises en écoutant Le Boléro de Ravel ! C'est ce que j'ai fait hier, en fin d'après-midi. La vie est formidable quand elle est simple comme un bol de cerises et la mélodie ensorcelante du Boléro.

Le Bolero, je l'ai découvert en primaire.

En extrayant le disque de sa pochette, la maîtresse nous a demandé de laisser courir notre imagination et d'inventer une histoire.

Plus tard, chacun de nous a réalisé la BD de cette histoire sur une feuille de papier calque - avec des bulles simples et de petits commentaires - que nous avons découpée pour en faire des diapositives.

Ensuite, et grâce à un projecteur, nous avons pu partager nos interprétations.  

J'ai adoré l'expérience.







Par nathalie
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Vendredi 29 mai 2009

M'est avis qu'aucun être humain ne maîtrise parfaitement sa langue maternelle.

Histoire d'ajouter une couche à mon ignorance crasse (un auteur n'est pas un dictionnaire) je suis abonnée aux fautes d'inattention.

Chut, surtout ne le dites à personne.

Ce qui m'amuse, m'étonne, me fascine, c'est ce que nous enregistrons de travers dès l'école primaire ou le collège. Ce qu'à l'âge adulte, nous croyons juste alors qu'il n'y a rien de plus faux. Ce que nous serions capables de défendre jusqu'au petit matin.  

Car une fois l'erreur archivée à l'intérieur du cerveau, difficile de procéder à des corrections définitives. Parfois, les rechutes sont inéluctables.   

Exemples :

Longtemps, j'ai cru qu'y compris était synonyme d'excepté. Bonjour l'embrouille : tout le monde vient, y compris toi. Chouette, au revoir alors.

Longtemps, j'ai persisté à écrire matelat au lieu de matelas (aurais-je été traumatisée en découvrant un matelot nu sur mon matelas ?), cauchemard au lieu de cauchemar, un tique au lieu d'une tique (même là, j'ai un doute) et dont au lieu de donc. (celui-là est particulièrement incongru, Freud êtes-vous là ?) 


  

Par nathalie
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Mardi 26 mai 2009

Voici pas mal d'années.

Une classe de terminale A2 (terminale L aujourd'hui), quelques semaines après la rentrée, en cours de philosophie.

Le prof, la quarantaine sereine, est un bel homme lumineux.

C'est le grand jour. Il s'apprête à nous rendre nos premières dissertations de philo qu'il a lues, corrigées et notées.

Ces notes vont de 3 à 13.

Je me tourne vers D. et m'exclame, fébrile :

- Le 3, il est pour moi.

Aussitôt, D. répond :

- Et si t'avais 13 ?

- Tu veux rire !

Le prof commence par le premier 3 (il y en a plusieurs), et c'est D. qui l'obtient. Ce dernier se marre, il s'y attendait, il s'en fiche. 

Là-dessus, je me dis que le second 3 sera pour moi. Même pas. Je fais pareil avec le 4, le 5, le 6... Et le prof poursuit sa distribution, du plus petit au plus grand. Ne voyant rien venir, je songe qu'il a égaré ma copie. 

Mais non.
Car ce 13, le seul et unique 13, s'en vient solder mon travail et saluer mes idées.

Qu'est-ce qu'ils comptent, dans une vie, ces petits riens qu'on n'oubliera jamais !

 

 

 


Par nathalie
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Vendredi 17 avril 2009
C'était l'époque où je conduisais L. chez le pédiatre.

C. n'était pas encore né.

C'était un homme d'environ cinquante ans. Blasé et souvent froid. 

Néanmoins, il faisait son travail avec beaucoup de conscience professionnelle.

Il faisait son travail, donc.

Je n'aimais pas trop aller chez lui, mais question pédiatres, nous n'étions pas gâtés. L'autre me suivait quand j'étais môme et je l'avais toujours détesté. J'aurais pu me contenter de l'avis d'un médecin généraliste, mais les choses ayant failli mal tourner pour L. peu après sa naissance, j'étais encore marquée.  

Ce pédiatre me mettait mal à l'aise. Je faisais tellement attention aux mots que j'employais que ça me rendait idiote. Un jour, alors que je lui ai confié certaines de mes inquiétudes, il a répliqué : vous êtes une mère poule, vous, ça se voit ! et soudain j'ai eu peur de me mettre à caqueter.

Un jeudi, je suis tombée sur son remplaçant. Lui, il n'avait pas son nom sur la plaque. Il n'était que remplaçant, mais c'était un remplaçant heureux de remplacer.

D'origine marocaine, petit, souriant, visage poupin. De gros sourcils et de grands yeux ronds. Un pédiatre enrichi par son expérience de père. Quatre gosses qu'il avait.

Avec lui, je ne me suis pas sentie idiote d'être une mère qui s'interroge, cherche un avis, un soutien.

La fois suivante, quand j'ai téléphoné à la secrétaire pour prendre rendez-vous, j'ai demandé le jeudi.

- Oui mais le jeudi, le docteur M. n'est pas là. Vous verrez son remplaçant.

- Le docteur B., oui je sais.



Par nathalie
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Lundi 9 février 2009
Je ne suis pas végétarienne, mais presque.

En tout cas, j'ai renoncé à la viande rouge, et ce n'est pas à cause de leur baratin sur la santé. Ils disent des choses, se contredisent, et puis d'abord, je consomme ce que je veux.

Quand j'étais enfant, ma mère nous obligeait à manger de la viande rouge. Elle en cuisinait régulièrement. Je me souviens de l'intensité de ma répugnance quand elle posait l'assiette de viande rouge devant moi.

J'imaginais la grosse bête placide et douce, broutant l'herbe du pré. A cette époque, dans les prés de mon village, Dieu sait qu'il y en avait beaucoup, des bêtes placides et douces. J'imaginais le boucher, notre boucher jovial aux joues couperosées, en attraper une, la découper avec ses couteaux très affûtés, le sang giclant sur son tablier blanc. Pouah.

"Mange! C'est bon pour la santé."

Le premier morceau m'écoeurait. Le second, encore plus.

Mon frère et moi nous comprenions d'un regard. Notre complice - une petite bête - se tenait planquée sous la table. Occupée à se faire oublier de l'adulte, elle savait que pactiser avec les enfants lui rapporterait un bout de la grosse bête.

Parfois, tout se passait bien, mais il arrivait que nous nous fassions chopés sur le fait. Alors ça bardait, surtout pour la chienne boulimique qui gobait vite fait son dernier morceau de grosse bête placide et douce, avant de se faire éjecter.

Et après on vous dira : "la petite bête mange pas la grosse".



Par nathalie
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Mardi 30 septembre 2008
Je ne croyais plus en Dieu, et pourtant, chaque dimanche matin, je me rendais à la messe.

J'avais pour mission de représenter ma mère, laquelle ne croyait pas tellement en Dieu non plus, mais dans le doute, vous comprenez...

Bon gré, mal gré, je me levais, mais j'aurais mille fois préféré devoir me lever pour lire. Parfois, je faisais semblant de dormir super profondément (qui me connait assez sait qu'un simple craquement me réveille)... et j'entendais ma mère demander à mon père "tu crois qu'elle est vraiment fatiguée ou qu'elle fait semblant de dormir ?" et lui de répondre: "mais fiche-lui la paix avec tes curés !"

Ma mère me déposait devant l'église.
Je touchais quelques mains, lâchais quelques bonjours timides, car plus timide que moi, y avait pas. Ensuite, on s'asseyait. Le curé arrivait, et à ce moment précis, j'entrais en moi-même pour procéder à une évasion insoupçonnable. Heureusement qu'en semaine, je m'entraînais avec les profs.

Lorsque la messe était finie, certains bavardaient, et pour ma part, j'allais embrasser les dames qui m'avaient fait le cathé. Elles me tendaient les bras, c'étaient de gentilles personnes.

Il s'en trouvait une qui ne m'avait pas fait le cathé. Malgré son âge, c'était encore une mademoiselle. Elle portait un appareillage, car elle avait une jambe plus courte que l'autre. Elle avait aussi la mâchoire inférieure proéminente, déformée, mais par respect, je n'entrerai pas dans les détails.

Elle disait partout "Nathalie, elle a pas peur de m'embrasser !" alors que si, j'avais peur. Ce n'était pas simple pour moi, pas simple du tout. Toutefois, je voulais absolument la traiter comme les autres, comme celles qui avaient des mâchoires et des jambes "normales", la chance de s'appeler madame - le mariage était encore incontournable - et d'être l'élue de quelqu'un.

Voilà tout ce qui me reste de ces dimanches de sermons, de prières, de chants et d'asseyez-vous / levez-vous, amen.

Des années après que j'aie déserté l'église, on m'a appris que mademoiselle parlait encore de moi.




Par nathalie
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Mes publications




Sortie de route
(fantastique proche du réel) est paru le 16 mars 2008.
 Couverture signée Fablyrr. Début, critiques... ici. Lien site Fnac.



En quête (recueil de 20 nouvelles plus ou moins étranges, traitant chacune d'une quête) est paru le 22 mai 2008.
Couverture signée 
Michelle Bigot. Début de 3 des 20 nouvelles...
ici. Lien site Fnac.

Il est possible de les commander dans toutes les librairies. Liste de celles qui les ont en stock.

BLABLABLA

Un grand, UN TRES GRAND MERCI pour vos retours sur mes textes, qu'ils m'aient été donnés de vive voix, dans les commentaires de ce blog, par mail privé, via votre blog perso ou par le biais d'un forum. 

Actualité : en dédicace samedi 7 novembre 2009 à Place aux Livres de Lyon, de 14 h à 18 h, stand Editions Griffe d'Encre

Mona 3 étoiles a trouvé son éditeur. Sortie fin Février 2010.

PS 1 : Je ne suis pas sur facebook.

PS 2 :
Un jour, j'ai fermé ce blog car j'y passais trop de temps. Mais il me manquait. Je l'ai donc repris sans rouvrir les commentaires.

PS 3 : J'ai DEUX manuscrits en quête d'éditeur : L'accroche-poumon et un second recueil : Parce que la vie.

Me joindre?
natalisss(at)hotmail.fr  
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"Vous pouvez railler, mais n'oubliez jamais qu'un jour ou l'autre, c'est celui qui raille qui l'a dans le train."
Pierre Desproges

J.J. Cale, l'album Naturally, c'est par là

Mike Oldfield, l'album The voyager, c'est par là

Les photos

- proviennent de Flickr, de Photo Libre
- ou bien sont miennes

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