Ce roman de SF a été écrit par un gars que je connais. Non seulement nous avons partagé le sommaire d’Ouvre-toi (Griffe d'encre), mais en novembre dernier, sur
Lyon, j'ai vu la couverture de ce premier roman. Même que Don Lo, il sait toujours quoi écrire lors de dédicaces. C’est un joyeux drill avec un graphisme ample et
délié.
L'homme publie aux éditions Le navire en pleine ville.
Aria des Brumes a été écrit au présent. Troisième personne du singulier. Parfois, c’est Carl qui parle. Les changements de rythme sont nombreux et l’action
diluée.
C’est un roman philosophique bien plus complexe qu’il n’en a l’air. Rien à voir avec le ton léger et taquin de sa nouvelle au sommaire d’Ouvre-toi; Suzanne on
line.
Don Lorenjy zoome. Il zoome tellement que moi, lectrice, je me suis retrouvée tel un furet colonisateur d’esprit, à voltiger autour des personnages. Tout juste si je ne me demandais pas
dans lequel j’allais pouvoir nicher. A choisir, je prendrais Carl. Pas vous ?
Dès que Carl (machine de combat qui n’a plus grand chose d’un homme) et son équipe débarquent sur Aria, l’étau se ressert. Comme un étouffement lent, progressif. J’ai eu la sensation de manquer
d’air.
Il faut dire que les Arians se heurtent à des tentatives de contrôle, extérieures, mais
aussi intérieures, et y répondent par la mesure. Car voilà, chacun d'entre eux a un furet lové à l’intérieur de l'esprit, sorte d’entité réactive. Personne ne sait d’où viennent ces furets, mais
il est préférable de composer avec eux et de leur donner de l’émotion positive.
Qui osera contrer les plans de Terraform?
La voix du professeur Shepher est là qui secoue les consciences, lui qui bizarrement n’abrite aucun furet.
Carl a échoué dans sa mission. Ses compagnons sont morts et, tout comme un Arian, il devra gérer le furet qui vient de l’assaillir. Faire des choix. Intégrer la large panoplie du
ressenti d’un homme.
« Décevoir… éventualité que sa programmation ne prévoit pas. Vaincre ou disparaître, rien
d’autre. »
Ainsi Shepher s’adressant à Carl :
« Mon petit, sous votre armure et vos outils de mort, vous n’êtes rien d’autre qu’un ange : pas de sexe, mais un
arc, et de sacrées flèches ! »
La scène où Shepher retrouve Carl en larmes, replié sur lui-même, m’a beaucoup touchée. On ne
devient pas soi-même sans souffrance.
Aria des Brumes dénonce une possible déshumanisation au profit d’enjeux économiques. Phin
Diorno, le petit moustachu de la fin, se fiche pas mal des individus, il cause marge, chiffres, codes, productivité. Un peu comme nos politiciens, non ? ^^
Naturellement, celui qui fait facilement sienne la pensée des autres est une proie facile pour les
manipulateurs. D’Arians… à Ariens, il n’y aurait qu’un pas… de Furer. (je suis assez contente de mes jeux de mots, tiens ! ^^)
La caverne de Platon, voilà à quoi m’a renvoyée ce roman.
Résumé de l’allégorie de la caverne trouvé sur le web:
Des prisonniers dans une caverne souterraine. Ils sont maintenus d'une manière qu'ils n’aperçoivent, sur le mur d’en face, que
les ombres de pantins manipulés au-dessus d'un autre mur situé derrière eux. Rien d'autre n'est visible. Libérés des liens qui les retiennent et amenés à se retourner, ils sombrent dans la
confusion. Leur bonheur est donc l'état premier de prisonnier.
Il s'agit là de la condition humaine. Malheur à qui tente de leur en faire prendre conscience. Toutefois, un petit nombre y
parvient et, ceux-ci, commencent une ascension libératrice hors de cette caverne vers l'extérieur, vers le monde véritable. D'abord éblouis, seuls les reflets des choses leur
parviennent.
Plus tard, ils pourront regarder directement les choses et même regarder le soleil.
Un premier roman qui laissera sa marque en moi.
J'ai quand même un regret; j’aurais voulu que l’auteur s’attarde davantage sur Carl devenant homme, sur son ressenti, ses affects, ses douleurs. La fin (c’est Carl qui parle) est
bouleversante.
Je souhaite à Don Lorenjy beaucoup de succès dans sa vocation d’auteur. Aurait-il un nouveau roman en préparation? Un projet… voire des projets ?
Au prochain salon où nous nous croiserons, promis, j’essaierai de lui tirer le furet du nez. ^^
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