Même si je pourrais vous parler de Chagrin d'école pendant des heures, je n'en ferai rien.
D’abord, parce que j’ai des copines qui le lisent et je ne voudrais pas déranger leur lecture.
Ensuite, parce que lisez-le. Voilà.
Ça n’est pas vraiment une autobiographie, ce bouquin. Si ça l’est, c’est parce que l’auteur en profite pour dire. Pennac… quand il
écrit, ça tombe sous le sens. Il prend un sujet sensible et le traite, pas comme un prof de français, un écrivain, un ex
cancre, un homme, un père ou un retraité… mais comme un passionné.
Récemment, au Grand Journal de Canal+, Pennac s’est retrouvé à faire une courte dictée. Cette dictée - je m’en suis fait la remarque - était à ce
point pétrie de mots bizarres qu’on aurait dit du baratin.
Comme si lui et moi avions été connectés, il a dit: Les dictées les plus difficiles ne veulent rien dire.
On reconnaît un bon professeur à quelqu’un qui ouvre une voie de sens dans la tête et le cœur de ses élèves. Ainsi passeront
ses enseignements.
On reconnaît un bon écrivain à quelqu’un qui ouvre une voie de sens dans la tête et le cœur de ses lecteurs. Ainsi
raisonneront ses mots.
Pennac, s’adressant à une classe de jeunes d’un lycée technique de la région lyonnaise…
… ce sont les marques, qui vous prennent la tête, pas les profs (…) c’est mes N, c’est mon L, c’est ma T (…) Elles vous prennent votre tête,
elles vous prennent votre argent, elles vous prennent vos mots, et elles vous prennent votre corps aussi, comme un uniforme, elles font de vous des publicités vivantes, comme les mannequins en
plastique des magasins ! (…) Moi je trouve qu’elles coûtent très cher, vos marques, mais qu’elles valent beaucoup moins
que vous.
… dans une société qui envisage sa jeunesse avant tout comme une clientèle, un marché, un champ de cibles.
… Il existe cinq sortes d’enfants sur notre planète, aujourd’hui : l’enfant client chez nous, l’enfant producteur sous d’autres cieux,
ailleurs l’enfant soldat, l’enfant prostitué, et sur les panneaux incurvés du métro, l’enfant mourant dont l’image, périodiquement, penche sur notre lassitude le regard de la faim et de
l’abandon.
Ce sont des enfants tous les cinq.
Instrumentalisés tous les cinq…
305 pages et c’était court.
Vous m’avez mis la larme à l’œil… Monsieur Pennac. Moi aussi je me refuse à l’archivage des noms propres, cependant que le vôtre, je ne l'oublierai
pas.
Je vous aime au moins autant que Jane Campion. ^^