J’aime faire ma
niaise, mon pois chiche.
Ça ne date pas d’hier, des années que je singe, que je caricature, que je parodie, que je me moque… de tout, de rien, de moi.
Non seulement j’aime ça, mais il se trouve que j’en ai besoin. Une façon de digérer ce monde… sans le régurgiter dans son intégralité. Une façon
d’essayer de m’accepter telle que je suis, avec mes manquements, mes défauts, mes doutes, mes angoisses.
J’ai toujours eu de la considération pour les clowns. Il y a des gens qui disent en avoir eu peur, quand ils étaient petits. Pas moi. Ceci dit, je
préférais quand même les observer de loin. A cause de la mise à distance.
Ado, je n’ai jamais connu ce rapprochement aisé, presque sensuel, qui font les amies si complices, tu dormiras dans mon lit, viens que je te
coiffe, que je te maquille, enfile mon t-shirt, je mets le tien, viens dans mes bras, tu es la meilleure des meilleures de mes amies.
C’est l’extrême facilité des clowns à biaiser qui m’interpellait. Sous l’excentricité vestimentaire, le maquillage outrancier, les voix nasillardes,
je pressentais d’autres choses. D’autres choses comme une peau diaphane, des veines apparentes, un gros cœur rouge et franc battant fort, sans protection.
Vulnérabilité, pudeur.
Peur.
De se confier, d’être touché, lacéré, dévoré.
Et un principe: il vaut mieux vous faire rire que pleurer.
Il y a plus de gravité chez un clown que chez un ministre.
En les gens qui parodient, je reconnais des frangins, des frangines.
Y’a comme une ivresse qui m’étourdit quand je les vois, les lis, les écoute, les regarde.
J’ai envie de leur dire, ne te démaquille pas, allons nous asseoir quelque part et parlons espoirs, rêves, petits bonheurs, petits malheurs, petites douceurs, temps qui tombe en pluie et
Cracheur de Vies, tu sais, celui qui expédie ceux qu’on aime dans la tombe, d’une pichenette.
Bavardons de tout ça en riant. Sinon en souriant.
Car la vie n’est qu’ambivalences, elle est belle, moche, drôle, triste, elle s’arrête ou bien elle continue.
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