Mercredi 21 novembre 2007
Hier, mon fils bossait sur un devoir en rapport avec le tabac.
Je me souviens.
Quand l’asthme m'a rendu l'air, j'ai commencé à fumer. A cette époque, je pouvais m’arrêter comme je voulais et bien sûr, j’ai cru que ça durerait. Après la naissance de mon premier, je
suis devenue accro à la clope. Oh, je fumais moins de dix cigarettes blanches, fines et longues par jour. Assez pour ma faible corpulence.
Nous vivions en appartement et je m’accoudais à une fenêtre pour inhaler ce cocktail chimique. Oui car je ne fumais pas à l’intérieur. Par
respect pour les miens.
Les bronchites infectieuses et les sinusites purulentes se défoulaient en moi. Avec mon médecin, nous les attaquions à coup d’antibiotiques, de
cortisone. Il était désolé, embarrassé aussi, car si je le lisais plus ou moins dans ses yeux, jamais il n’aura osé me suggérer d’arrêter. Et moi, je refusais d’admettre que peut-être, à la
condition d’écarter de ma vie l'abject concentré d’insecticide, de solvant...
Un 3 janvier (ça fera quatre ans bientôt) je me suis réveillée avec une crise d’asthme sérieuse. J’ai pensé Cette enfant que tu as été et qui a
lutté pour te faire vivre, toi l’adulte, en voilà une façon de la remercier !
J’ai jeté mon paquet.
Tout de suite, il y a eu la fierté, bon, mais après…
Chaque matin, j’appliquais un patch sur ma peau. Un quart d’heure plus tard, j’avais l’impression que dans mon dos, on démarrait ce moteur artificiel
et bizarre que jamais je n’avais eu avec clope. Sans clope non plus d’ailleurs.
J’ai arrêté les patchs. A la place, je mâchais une gomme que je maintenais plaquée à l’intérieur de ma joue. J’ai absorbé énormément de nicotine.
J’avais l’œsophage brûlé, des aigreurs, la nausée, un tambour battant en plein dans la poitrine toute la journée.
Il y avait le manque DU geste, j’ai donc acheté des NTB.
Mais le besoin de poison, de fumée lourde à l’intérieur de moi, de remplissage illusoire, sourdait encore et toujours. Quand une vague d’émotion
gonflait, je me noyais dedans, poisson désorienté ne sachant plus nager sans placeb'eau.
J’apprends à laisser venir les émotions. Et j’écris. C’est important pour moi.
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