Mercredi 14 novembre 2007
Hier soir, je suis allée au collège, j’ai vu ses professeurs. J’ai patienté. J’ai fait la queue.
Comme tout le monde. Je les ai tous vus. Ses profs. Tous.
Je savais ce qu’ils me diraient.
Excellent élève. Sérieux. Ne participe pas assez, dommage.
J’ai fait la queue et je les ai tous vus.
Même si je savais ce qu’ils me diraient, mon fils mérite que je passe quatre heures de ma vie à mémoriser un par un ces compliments pour les lui
ressortir de ma bouche, plus tard. Je l’imaginais en train de m’attendre, à la maison… fébrile.
Certains l’ont pris sous leur aile. Comme ses profs d’arts plastiques ou de musique. C’est un bon gamin qui a besoin qu’on le sorte de lui-même.
Est-ce qu’il n’est pas gêné par tout ce bruit ?
Il me parle du bruit, des expulsions, des gros mots… mais il dit que ça va, qu’il se débrouille.
Il n’a pas de chance, cette année, dans quelle classe il est tombé, la pire !
Oui… mais bon, que faire ?
Votre fils est imperturbable… il suit, quoiqu’il se passe.
Ça ne m’étonne pas. Il a une force de caractère que je n’ai jamais eue.
A sa prof de maths, j’ai raconté… l’histoire des crayons, de la gomme, des peintures qu’on lui demande, lui qui refuse de les prêter. Eux qui
l’insultent, lui qui s’en moque.
Je préfère me faire traiter de ------- plutôt que d’avoir à les supplier de me rendre mes affaires. Ils n’ont qu’à amener leur matériel, j’en ai marre.
Je suis rentrée à la maison émue aux larmes. Pas seulement à cause des moyennes épatantes, des compliments.
Je suis rentrée émue aux larmes parce qu'il est important, si important pour moi. Je voudrais son bonheur et j’ai peur. Il n’est pas comme les
autres. Il n’est pas… Il est lui dans un monde d'eux.
Je l’ai embrassé plein de fois.