Au XIIIe siècle, on utilisait "tierce fois, c'est droit" pour signifier - entre autres - qu'une action ne pouvait être correctement réussie que si elle était
exécutée trois fois, ce qui impose qu'après la deuxième fois, il y en avait
nécessairement une troisième.
On disait aussi "de deux en trois" qui était un équivalent de notre "en moins de deux" d'aujourd'hui.
Jamais deux sans trois. Drôle d'expression. Presque une malédiction.
Qui ne l'a pas prononcée au moins une fois? Allez, avouez!
Moi-même, j'avoue... hu hu hu...
Maintenant, qui pourrait m'expliquer pourquoi un jour - alors que sans doute, le temps était à la pluie torrentielle et qu'on s'ennuyait ferme - un urluberlu aurait
affirmé que tout évènement qui se produirait deux fois se produirait une troisième ?
Trois fois.
Pas deux. Ni quatre. Ni six. Ni même vingt-deux.
Non, trois fois.
Et pourquoi, d'un coup, tout le monde l'aurait cru?
Dernièrement, le fils d'une amie se casse la jambe.
Peu de temps après, Menolly m'apprend qu'elle a le poignet dans le platre.
Et là, bizarrement, mon comportement se modifie.
Je grince des dents, je sue, je prononce des incantations.
Là-dessus, je range les miroirs, je cache mon parapluie (et je chope une bronchite), j'évite les échelles, je fuis les chats noirs, je porte un fer à cheval autour du cou (pffff, pffff,
pffff) et une patte de lapin dans l'oreille (ça chatouille), je pose le pain à l'endroit, je redoute les treize coups de minuit... (ah bon, y'en a que douze)
Rien ne se passe.
Pourtant, je ne relâche pas ma vigilance. Mon petit doigt me dit que le troisième ne devrait plus tarder.
Il est vingt heures. La secrétaire du dentiste m'appelle.
Vos rendez-vous vont devoir être déplacés. Le dentiste s'est cassé la main.
Bon d'accord, je suis un peu peinée pour ce charmant dentiste mais... ouuuuuuuuuuuf, je respire!
A présent, je vais pouvoir me défouler, casser deux ou trois miroirs, ouvrir le parapluie dans la maison, passer sous une échelle et bien la secouer pour faire tomber le
type qui est dessus, attraper tous les chats noirs exprès pour les torturer, balancer le fer à cheval dans une vitrine, offrir la patte de lapin à Roussi, poser le pain en équilibre sur mon nez
et inviter treize personnes à danser. ^^





Un livre de poche. Un tout petit bouquin. Jauni mais pas corné. La
couverture un peu passée. Souillée de cette vieille colle noircie à un endroit. Celle de l'étiquette qui précisait son prix.


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